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Monsieur S. vit plutôt bien avec – ou malgré – sa maladie de Parkinson, mais il rapporte des phénomènes étranges : il a parfois l’impression d’une présence, là, derrière son épaule gauche, alors qu’il est seul dans la pièce ; souvent, il croit voir la silhouette d’un homme à la place du lampadaire du carrefour, près de chez lui – et pourtant, il le connait, ce lampadaire. Et puis il a l’impression fugitive de voir passer son chien sur le côté : le temps de se tourner, l’image a disparu, et d’ailleurs le brave épagneul dort paisiblement sur son coussin. Monsieur S. n’est pas « fou », il a simplement des phénomènes hallucinatoires visuels mineurs et des illusions. Un peu de vocabulaire : une hallucination, c’est une pure invention de l’esprit, qui « brode sur le réel », comme disait un vieux maître. Par exemple, on voit un personnage traverser le jardin alors qu’il n’y a personne. L’illusion, c’est une mauvaise interprétation de la réalité, une déformation de ce qui existe vraiment : ainsi, voir un homme à la place d’un lampadaire, ou une araignée à la place d’une tache sur le mur, c’est une illusion. La sensation d’une présence, alors qu’il n’y a personne à côté, est de la même famille.
Près de la moitié des personnes atteintes de maladie de Parkinson ont, à un moment ou un autre, des hallucinations ou des illusions. Dans la majorité des cas, le phénomène n’est pas trop dérangeant, car le sujet qui en est victime se rend compte de l’irréalité de ce qu’il voit ou croit voir, parfois après un délai – comme on se fait prendre par une illusion d’optique. De plus, les hallucinations sont rarement effrayantes. Il y a eu beaucoup de travaux pour essayer de déterminer quels malades étaient à risque d’avoir des hallucinations et quels en sont les mécanismes. Pendant longtemps, les médicaments antiparkinsoniens étaient considérés comme seuls responsables. Certes, ils ne sont probablement pas complètement innocents, mais on considère à présent qu’ils constituent un facteur parmi bien d’autres. Lesquels ? Parmi les facteurs associés, on retrouve des éléments assez disparates, dont aucun n’est constant : une longue durée d’évolution de la maladie, la présence de troubles cognitifs (une mémoire défectueuse ou d’autres types de troubles), des troubles du sommeil, et même une mauvaise vue. Sans entrer dans les détails, on considère que, probablement, plusieurs éléments s’associent pour activer anormalement des régions cérébrales normalement impliquées dans le traitement des informations visuelles. De cette activation anormale naît une perception trompeuse, l’hallucination ou l’illusion.
Généralement, les hallucinations et phénomènes apparentés sont brefs (quelques secondes) mais tendent à se répéter. Ils sont plus fréquents le soir, ce qui peut être dû à une baisse de la luminosité ou à une diminution du niveau de vigilance. Nous avons été frappés par le fait que les personnes parkinsoniennes ont tendance à voir des personnages ou des animaux, beaucoup plus rarement des objets. Cela est vrai pour les hallucinations, mais aussi pour les illusions : tel patient verra un chat à la place d’un coussin, tel autre un visage dans un tronc d’arbre (voir la Figure). Nous n’avons jamais encore rencontré le phénomène inverse, par exemple voir un tronc d’arbre à la place d’une personne ! Intuitivement, on peut imaginer que le cerveau, au gré de l’évolution des espèces, est devenu plus performant pour détecter le vivant que l’inanimé. Après tout, nos ancêtres Cro-Magnon avaient tout intérêt à identifier rapidement un ours des cavernes (pour leur sécurité) ou un renne (pour le déjeuner). Chez certaines personnes, peut-être ce mécanisme est-il « trop » performant. Nous avons entrepris, avec l’aide de la FFGP, une étude consacrée à ces illusions (voir encadré)
Que faut-il faire lorsque des phénomènes bizarres, tels que ceux que nous avons décrits, vous arrivent ou affectent un de vos proches atteint de maladie de Parkinson ? Ne pas s’affoler, mais penser à le signaler à votre neurologue lors d’une consultation. En effet, l’expérience prouve que seule une minorité de personnes parle spontanément de ses hallucinations ou de ses illusions à son médecin, moins par crainte de passer pour fou que par simple oubli, le phénomène étant le plus souvent bien vécu. Ce peut-être pourtant l’occasion de revoir le traitement et de faire le point sur l’évolution de la maladie. Dans les formes les plus sévères d’hallucinations, des traitements efficaces existent, mais ils doivent être proposés par un spécialiste.
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